Laurédane
STRASCHNOV
France
Installations & sculpture |
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Née en France en 1979. Des beaux-arts à l’indépendance,
de la peinture à la sculpture, elle oriente ses préoccupations
vers le mouvement. Un mouvement qui se veut fixe, un mouvement
nommé mouvement de l’imaginaire par Bachelard, qui
reste l’enjeu même de sa démarche. Il prend
forme par l’objet et se construit autour de trois principes
: la ligne, la structure et le recouvrement. La ligne, envisagée
comme axe, définit l’orientation de l’objet,
la structure se pose en tant que contrainte pour solliciter le
mouvement et le recouvrement apporte la densité tout en
organisant le code et donne ainsi corps à l’enjeu
sculptural.
Voyageuse inconditionnelle, Lorédane Straschnov investit
par sa démarche artistique chaque lieu qu’elle traverse.
Elle a notamment travaillé avec Takis en Grèce.
A mon sens, l'intérêt
d'un workshop est qu'il promeut et rend attentif le public, tout
autant à l'oeuvre artistique qu'à l'artiste lui-même.
Se rendre attentif à la démarche de l'artiste, c'est
se projeter dans une manière de concevoir différentes
formes et différemment. A ce titre, j'ai beaucoup apprécié
la diversité des artistes sélectionnés, autant
d'origines, que de pratiques et de manières de voir. Le
petit groupe des 12 apôtres de TGD7 a, selon moi, su tisser
les liens fondamentaux, nécessaires à la qualité
de l'exposition qui en découlait d'une part, mais aussi
des ateliers de création proposés au Cycle de la
Seymaz. Il m'est possible de considérer chaque jour les
liens qui en restent, les idées et projets qui en naissent,
les appréciations de ce qu'il en était.
Le sujet m'a, je dois le dire, beaucoup surprise, pour ne pas
dire intimidée au commencement, étant donné
les qualités quasi "socio-politiques" de ce choix.
Je n'ai pas l'habitude d'aborder aussi directement ce genre de
problématique. Mais cette expérience, nouvelle donc,
m'a permis de m'interroger moi-même sur le rôle que
tient l'art au sein de ces questions. Comment une démarche
artistique peut-elle nourrir ce type de questionnements, sans
pour autant s'épuiser à vouloir y répondre?
A quel niveau, peut-elle particulariser l'utilisation des moeurs
et des opinions? En quoi le produit d'une image, d'un volume peut
orienter ou perdre l'opinion, compte tenu d'opinions pré-existants.
Quel type de communication peut engendrer ou susciter la discussion
interne capable de remettre en cause l'opinion publique?
Aujourd'hui, la "couleur" est annoncée. Titrer
l'exposition c'est la cadrer sous une dénomination commune
de rassemblement à titre d'étude, présentant
divers éléments ou manières d'aborder un
concept; c'est se permettre de "travailler autour d'un sujet",
sans pour autant propager ou dissimuler une opinion ou un avis.
C'est peut-être aussi, se prémunir de tout débordement
idéologique. Enfin, tout me pousse à dire qu'un
projet mené de conviction sensible, intelligente et intelligible,
conçu et animé d'humilité, de cohésion
cohérente et de tact, contribue à valoriser l'attente
active d'un attentat passif et de ce fait, sans pacifisme.

Ces 10 jours de Workshop m'ont donc permis d'approfondir ces quelques
questions... Chaque idée, chaque conception, chaque réminiscence
émerge à un moment donné. Un sujet tel que
" Femme et Autorité" peut amorcer autant de raisonnements
de type: érection spontanée, ruine de concept actualisée,
constat de façade du temps présent, inspiration
fondamentaliste des caractères naturels et animaux, etc,
etc... A quoi tient la vérité? A quoi tiennent les
traditions de la vérité? Existe-t-il une vérité
dans l'opinion?
J'ai donc choisi d'imprégner mon travail d'archétypes
architecturaux (colonne, cariatide, mur, stèle). Pilier
de connaissance en survie, pilier de vérité démentie,
ouvrage et histoire du temps et des hommes qui passent, l'instant
sculptural peut gager l'idée par sa forme expérimentale.
J'ai donc tenté 2 scènes: 2 scènes où
le mouvement tend à la dissociation, la dislocation; 2
scènes qui sollicitent un geste, une attitude dans un contexte
de représentation.
D'une part un pilier qui rompt et des chats, au sommet, qui réagissent
en situation et qui expriment, sans s'adresser (communication
sans appel). D'une autre, une cow-girl s'évertuant à
travers mur, de maîtriser une vache ailée. L'attitude,
à ces 2 instants, est réactive. L'expression représentée
n'a pas trait à la communication. Il n'est question que
de représenter une scène, dans son volume, en invoquant
les principes visuels et énergétiques que constituent
les "mouvements de situation"; et donc, les points de
vue dénués d'argumentation sur la question.
Lorsque quelqu'un tombe, la soudaineté de la situation
l'empêche de volontairement communiquer. Il exprime bon
gré, malgré, ce qu'il est; non pas ce qu'il veut
dire. Fragilité et vulnérabilité du mouvement
soudain.
Après réflexion, je crois que la fragilité
des questions sous-tend celle de la réponse. L'inévidence
est dans l'échange même, ce qui draine la communication.
Femme et Autorité. Avoir conscience sans le paraître.
Et dire paraître sans s'y contraindre. Une occasion comme
TGD, peut permettre de se laisser aller à une autre démarche,
non pas celle d'un autre mais celle que l'on ne se connaît
pas. Celle qui peut faire peur. Celle qui pourrait oublier, effacer
ou détruire toute celle qui semble nous constituer. Le
risque de se perdre, de disparaître s'arrête dès
que l'on se sent exister. Exister par l'activité qui nous
est propre, nous rend propre, nous fait nous figurer, sinon nous
défigure. Plusieurs visages... oui, très certainement!
Mais une cervelle nous fait bouger. La pensée se nourrit
des paradoxes lorsqu'ils viennent à s'en détacher.
En bref, je me suis prêtée au jeu que j'allai proposer
aux élèves de la Seymaz.
Pour finir, je remercierai vivement le CAP, pour m'avoir encore
une fois donné l'opportunité de participer à
ce nouveau projet. Pour la cinquième fois ( j'ai pris part
à TGD1, TGD2, TGD4, TGD6, TGD7), grâce à une
programmation et une organisation réfléchie, j'ai
pu découvrir une nouvelle forme d'intervention, d'échange,
et découvrir des acteurs et partenaires inattendus, quant
à leur enthousiasme pour le projet. Cette année,
l'équipe dynamique de la Villa Dutoit, nous a offert un
lieu et des conditions uniques, pour résider, oeuvrer,
exposer. La direction, les enseignants et les techniciens du CO
de la Seymaz, ont rendu le terrain de l'instruction publique accessible
aux artistes en leur permettant de travailler avec les élèves
dans un cadre constructif.
Et bien sûr les soutiens financiers, depuis leurs coulisses
ont permis la réalisation matérielle de ce projet,.
C'est dans ce climat de confiance, qu'il est motivant de s'investir
et réjouissant de partager au maximum, d'oeuvrer et d'évoluer.