Philippe LUYTEN
Belgique
Sculpture / installations |
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Diplômé de l'Académie des Beaux-Arts de
Namur.
TGD7,
Genève, une merveilleuse rencontre humaine et artistique…
L’automne dernier j’ai été invité
par le CAP à participer à la rencontre TGD7…
Ayant été de l’équipée TGD4, je
gardais un excellent souvenir de cette 4ème édition
organisée au Sénégal en décembre 2004
et j’avais manifesté à plusieurs reprises mon
désir de renouveler l’expérience lors de contacts
avec Anne et Ousmane Dia.
C’est avec beaucoup d’enthousiasme que je voyais venir
ces 2 semaines de résidence dont le programme très
complet annonçait des jours denses et riches. Je n’ai
pas été déçu.
Résidence, expositions, workshop et intervention pédagogique,
tout ça en deux semaines de temps, le programme était
ambitieux. Rentré chez moi, je regarde en arrière
et constate combien ces jours ont été forts, humainement
et artistiquement, et je constate que le CAP a de nouveau gagné
son pari.
Même si la thématique proposée, « Femme
et Autorité » ne fait pas vraiment partie de mes préoccupations
artistiques immédiates, ça reste bien évidemment
toujours intéressant de quitter les repères et réflexes
habituels pour investiguer, chercher dans de nouvelles directions,
ne fût ce que le temps d’une résidence. Et puis,
travailler cette thématique en interaction avec d’autres
artistes, venus d’autres horizons, pratiquant d’autres
disciplines, et engagés dans d’autres recherches était
passionnant puisque la rencontre humaine ajoute à la dimension
artistique, permet des complicités, des rapprochements et
ouvre de nouvelle perspectives.
Par rapport à la thématique, j’avais le désir
de travailler avec l’image matriarcale, l’archétype
des sociétés préhistoriques. Je m’étais
documenté sur les anciennes figurines représentant
la femme : déesse et mère, aux hanches amples et aux
seins généreux, chargée de donner la vie ,
de perpétuer l’espèce et de nourrir sa progéniture.
Je m’étais plutôt attardé à deux
Vénus : celle de Willendorf et celle de Vestonice. J’avais
quelques documents donc, mais sans trop savoir où cela me
mènerait.
Il y a d’abord eu le choix de reproduire la statuette de Vestonice,
moins connue, moins anecdotique dans son traitement plastique, et
d’une morphologie moins typée que son homologue de
Willendorf. Elle a été reproduite à l’échelle
double de l’original en terre de modelage. J’en ai tiré
un moule en silicone qui m’a permis par la suite de réaliser
une septantaine de tirages de la statuette en plâtre. Certaines
d’entre elles (environ la moitié) contiennent des petits
objets - grigri, amulette, clin d’œil - qui m’ont
été donnés par les autres artistes, par des
proches de la résidence ou des visiteurs de passage.
Dans l’installation finale, une seule statuette, parée
d’un petit bijou -une cordelette de couleur rose fluo- autour
des hanches est mise en évidence dans une vitrine. A ses
pieds, une inscription -Miss Oulalalalah- découpée
dans un sac plastic d’emballage trouvé.
Par terre, toutes les autres statuettes sont posées, versées
en tas, en vrac, à même le sol, sans aucun respect
ni considération. Au mur, une peinture monochrome, sans doute
plus proche de mon travail habituel, dont la couleur répond
au bijou de la statuette.
Au mur encore, des étapes du travail des traces de l’évolution
du projet : affiches, découpes…, des clins d’œil
à l’actualité et des traces des moments de fou
rire et des traits d’humour si nombreux durant le workshop.
Cette réalisation fait état d’un questionnement
face à toute cette mode liée au « people »,
à la star, à ces modèles uniformes imposés
à toutes et tous par trop d’images. Qu’est devenue
la femme depuis ces sociétés primitives ? De quelle
évolution parle-t-on quand on voit à quel point l’être
humain –et sans doute plus encore la femme- est devenu sujet
et objet de consommation… En quoi est-il nécessaire
de s’identifier à des idoles au point d’en copier
béatement et servilement toutes les manies et dérives
? Quelles sont à ce niveau les responsabilités des
médias, des parents, des pédagogues, des politiques…
? Plus fondamentalement, il est ici question, dans notre société
actuelle, de s’interroger sur la place accordée à
l’être humain, à l’individu, être
unique et irremplaçable.

Expositions…
On peut évidemment en parler au pluriel, puisque dès
notre arrivée, des pièces individuelles apportées
par chacun étaient installées au rez-de-chaussée
de la Villa Dutoit et qu’au terme de la résidence,
les locaux de travail se transformaient en deuxième exposition
à l’entresol et au premier étage.
Pas évident de faire cohabiter dès le départ
des productions aussi différentes, et d’arriver à
mettre en ordre le joyeux bordel de nos productions du workshop.
Au final, les expositions tenaient très bien la route et
les différences d’approche enrichissaient l’ensemble.
Rentré en Belgique, c’était très agréable
d’apprendre à distance les réactions enthousiastes
des visiteurs.
Conclusion (provisoire)…
Provisoire puisqu’il y aura d’autres TGD, et que s’arrêter
au 7ème laisserait un goût de trop peu.
Comme je l’écrivais après TGD4, je suis ravi
d’avoir participé à cette aventure. Cette fois,
le nombre réduit d’artistes et la concentration en
un seul lieu de travail a encore renforcé la dimension humaine.
Je suis sûr que je retrouverai un jour ou l’autre Caroline,
Chimène, Denise, Donna, Kaaren, Lina et Lorédane,
ainsi que Dieng Cisse, Juan Carlos, Mister Cool et Nicolas. Avec
l’intensité vécue ces deux semaines et les messages
forts et émus échangés après le départ,
le contraire semble impossible.
Bien que tous très différents dans nos expressions
graphiques et plastiques, nous avons pu travailler à un projet
commun avec un résultat non négligeable. Je voudrais
les remercier tous vivement de m’avoir permis de vivre ces
temps magnifiques et précieux.
Je n’oublie pas le CAP, et particulièrement Anne et
Ousmane dont la conviction et le travail ont permis l’organisation
de cette édition exceptionnelle, aidés de près
par Maya et André- William. C’est grâce à
eux et à leur engagement passionné que des moments
pareils ont été possibles.
Merci aussi à Renée et Mireille , de la Villa Dutoit,
de nous avoir ouvert cette demeure « royale » en confiance,
d’avoir suivi discrètement nos travaux à travers
leur objectif photo (pour l’une) et fait découvrir
les joies de la neige par la randonnée en raquettes (pour
l’autre).
Merci enfin au CGRI, relations internationales de la Communauté
Wallonie/Bruxelles, de m’avoir soutenu en prenant en charge
le coût du déplacement vers Genève.
Un merci chaleureux et ému à vous toutes et tous,
et vivement TGD8…
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