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Les débats nourris avec
un public, essentiellement composé d'enseignants, de journalistes
et d'artistes ont tourné autour de la formation des enseignants
et des élèves en arts plastiques. Alors que le théâtre,
la musique et la danse se développent dans le cadre d'associations
jumelées avec des associations sportives, les arts plastiques
ne bénéficient pas de ce système, en revanche
ils sont enseignés à l'école au même
titre que la musique et ce dans des conditions difficiles.Les
participants à la discussion ont également déploré
l'absence de lieux permanents consacrés à la présentation,
de diffusion et d'étude des uvres d'art plastiques
contemporaines. En fait, Dakar n'a pas de musée d'art ni
ancien ni contemporain.
Après la fermeture du musée dynamique, le musée
de lInstitut Français dAfrique Noire (IFAN)
reste le seul établissement qui présente au public
des collections d'objets ethnographiques. Rattaché à
un département de recherche de luniversité,
sa muséographie très datée est plus tournée
vers un public informé, érudits, chercheurs ou touristes
avisés que vers une large ouverture au public.
Cette absence de lieux d'expositions empêche de fait toute
collaboration entre école et musée telle qu'elle
est pratiquée en Suisse. Le matériel que j'avais
apporté, des dossiers pédagogiques élaborés
par la cellule à partir des expositions et des diapositives
présentant le Bâtiment d'art contemporain permettaient
d'informer les étudiants de la situation genevoise, mais
ne pouvaient pas servir de base de travail pour des exercices
pratiques que les étudiants auraient pu adapter ultérieurement.
Lexposition des artistes suisses offrait dintéressantes
perspectives, cependant, sa durée n'excédant pas
celle du séminaire, elle ne constituait qu'un cas décole.
Un travail fructueux ne pouvait donc se faire qu'en discutant
avec les étudiants. Il était impératif pour
créer une plate-forme déchanges et imaginer
des actions concrètes, de lister avec eux les besoins et
les ressources disponibles à Dakar.
A ce titre, il est important de rappeler que ces derniers ont
bien faillit ne pas être au rendez-vous. En effet, lécole
avait donné congé aux étudiants danimation
culturelle leur annonçant qu'aucun programme ne les concernait
et ce malgré nos différents échanges pour
la mise en uvre de ce séminaire avec l'Ecole Nationale
des Arts.
Sans une rencontre fortuite avec un étudiant le premier
matin, l'atelier aurait donc tourné court faute de participants.
Cest par la volonté même des étudiants,
organisés en association, que la rencontre sest produite,
les uns ayant prévenu les autres, un groupe de sept a pu
se constituer à partir du 3e après-midi.
Dans l'attente d'un auditoire plus fourni les discussions avec
les premiers étudiants ont été aussi informelles
qu'ouvertes. Nos débats centrés sur la notion de
culture et sur la formation qu'ils recevaient ont permis aux étudiants
d'exprimer leurs attentes et de mettre en évidence la différence
entre les missions que j'assume en tant que responsable d'un projet
qui participe avec dautres acteurs à louverture
du public des institutions culturelles et celui dun responsable
de centre culturel. En effet, à Dakar, ces centres sapparentent
à des maisons de la culture avec une programmation autonome
dont le champ dintervention est vaste. Il englobe aussi
bien lapprentissage de la transcription écrite de
la langue orale la plus développée au Sénégal
: le wolof, que la danse, la musique et le théâtre.
Prendre cette réalité en compte demandait d'élargir
le propos et de voir si le principe fondamental de la Cellule
qui est de faire des liens entre différents partenaires
pouvait être mis en uvre et adapté de manière
pertinente pour que les étudiants élaborent et réalisent
des actions.
Les étudiants voulaient développer des évènements
culturels dans le cadre de TGD3 et ne manquaient pas d'idées.
Cependant, leurs ambitions dépassaient largement le temps
et les moyens dont nous disposions(1) . Ce problème
s'est avéré dans un premier temps totalement paralysant.
Alors qu'ils envisageaient des évènements d'ampleur,
il leur était difficile d'imaginer des actions modestes.
La plus grande difficulté était de mettre en adéquation
ce que chacun souhaitait et ce qui était réalisable.
Il me revenait de montrer ce qui restait envisageable alors même
que, pour les étudiants, rien ne semblait l'être.
Le désir de faire l'impossible les empêchant entrevoir
toute possibilité de faire, il fallait rompre avec les
modèles et inventer d'autres manières d'agir.
Se mettre au service des autres intervenants et des autres étudiants
apparaissait comme une solution peu spectaculaire, mais réaliste.
Elle a eu pour vertu de sortir de l'impasse et de mettre les étudiants
face à des problèmes concrets.
Les discussions entre les animateurs culturels, les intervenants
et les autres étudiants ont permis de repérer un
certain nombre de demandes que nous pouvions satisfaire. Elles
avaient l'avantage de s'inscrire dans le temps du séminaire
et de mettre les animateurs culturels en situation d'éprouver
leurs capacités à faire.
Les créateurs textiles travaillant sur le thème
de la fleur cherchaient un lieu adéquat pour dessiner d'après
nature. Voir, analyser et commenter la production artisanale de
textiles et de meubles, intéressait créateurs textiles
et designers. Tony Morgan voulait monter à l'ensemble des
étudiants les vidéos réalisées par
ses élèves en atelier. Tous souhaitaient une présentation
de l'exposition des artistes suisses.
L'organisation de ces visites, bien que simples, a soulevé
des problèmes et des questions que les animateurs culturels
auront à gérer à une plus grande échelle
: repérer les besoins et les attentes de chacun, sassurer
de la faisabilité des projets, négocier avec les
interlocuteurs.
L'intérêt manifesté par les étudiants
pour la mise en uvre de ces actions prouve leur volonté
de passer de la théorie à la pratique autant que
leurs aptitudes à le faire. Ils ont entre autres fait ouvrir
pour notre groupe le jardin botanique en dehors des heures habituelles.
Après avoir discuté avec les artistes suisses, ils
ont animé avec brio une visite qui mêlait présentation
de démarches, descriptions d'oeuvres et commentaires personnels
pour l'ensemble des élèves.
Parallèlement à ces visites destinées à
tous, le groupe a organisé ses propres visites. Leurs démarches
auprès du directeur de l'institut universitaire de l'IFAN
nous a permis de visiter les laboratoires de recherche en zoologie,
archéologie et ethnographie et leurs collections d'études.
Certains animateurs ont aussi mis leurs connaissances et leurs
talents de médiateurs au service du groupe lors d'une visite
au musée de l'IFAN.
Ces projets modestes ont demandé aux uns comme aux autres
de s'adapter aux situations et de faire preuve de flexibilité.
Ils n'ont pu se réaliser qu'après une réflexion
et une remise en question d'une représentation idéale
des missions et des tâches de l'animateur culturel. Cette
démarche que je trouve profitable a, je l'espère,
contribué à la formation des animateurs en les engageant
à se poser des questions sur leurs pratiques professionnelles
à venir.
Ce compte rendu qui relate une semaine d'activité ne peut
rendre compte de la richesse de nos débats, de nos échanges
de points de vues, des ruptures, des rapprochements et des avancées
de la pensée.
Il laisse encore non pas de côté, mais plutôt
en suspens, une part essentielle et plus indicible qui touche
aux liens interpersonnels. L'organisation remarquable de cette
troisième édition de TGD a largement favorisé
les échanges. L'esprit d'ouverture qui a présidé
aux ateliers, l'ambiance studieuse et chaleureuse, ont permis
une circulation libre des paroles et des idées et de véritables
rencontres.
Claude-Hubert Tatot
(1) À propos,
il est intéressant de remarquer que TGD soutenu par le
CAP est né de la volonté d'Ousmane Dia artiste,
ancien étudiant de l'école des beaux-arts de Dakar
vivant aujourd'hui à Genève. Ses propos assez vifs
le soir du vernissage, critiquant l'absence d'une politique de
soutien en faveur de la culture et des arts plastiques ont été
repris par les médias, les participants aux tables rondes
et par les étudiants. Si cette première partie du
discours à été entendue, la seconde, qui
invitait les artistes et les acteurs culturels à se mobiliser
et s'organiser pour transformer leurs conditions de travail et
créer une dynamique collective, n'a pas été
relevée.
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